BIOGRAPHIE

J’ai commencé la photo comme tout le monde, avec les appareils jetables de mes parents, l’appareil familial, je ne m’en rappelle plus vraiment, puis mon propre compact numérique ; à photographier mes proches, mes vacances, ma vie de tous les jours, à me faire ma banque d’images, trésors banals de souvenirs si chers, pour moi avant tout, consignés sur disque dur et ordinateur.
Et puis il y a eu mes premières études, hypokhâgnes, l’humanitaire comme métier, mon premier réflex, mes premières missions à l’étranger. Là, j’ai commencé à photographier pour les autres, pour témoigner à travers des photo-reportages de ce que je voyais, gênée un peu de faire tenir ensemble une esthétique de l’image avec la dureté du quotidien des personnes que je photographiais.

Une première rencontre avec Gumri lors d’un audit de projet me permit de faire les portraits des personnes âgées fréquentant le restaurant solidaire. 7 mois passés à la favela Santo Amaro à Recife, dans le Nordeste du Brésil, m’autorisèrent à sortir mon appareil photo pour rendre compte du quotidien de la vie dans ce bidonville. Ce faisant je remplissais donc mon contrat, de capter des visages, de recueillir des bouts d’histoire, de témoigner de la condition humaine et de sa dureté mais aussi de la beauté de chaque personne.
Et quand on me disait que je faisais de belles images qui ne gâchaient rien de leur valeur de témoignage, en même temps que je valorisais la beauté des personnes photographiées, alors j’étais une photographe comblée.

Ensuite les choses ont changé. J’ai arrêté l’humanitaire au profit du droit, non pas pour oublier ma précédente vie, mais pour me permettre d’aller plus loin, de donner plus de profondeur à mes actions. Dans la photographie, j’ai voulu aborder mes rencontres sous l’angle d’un véritable échange. Je n’ai pas fait de la photographie participative par hasard.
Avec le dispositif de dialogue photographique que l’on propose, Grégory et moi, il est avant tout question de rétablir un véritable partage, en profondeur, dans le choix du sujet, dans notre position de photographe, de témoin, afin de co-construire le propos photographique.